A propos des mineurs chiliens – un constat psychologique

Aujourd’hui 14 octobre 2011, sur mon trajet pour aller au travail, un article du journal Métro (14/11/2011, page 09) m’interpelle. L’invitation à lire l’article (ce machin doit porter un nom mais je ne le connais pas), située en première page, indique : « Un an après, les mineurs chiliens broient du noir. Le 13 octobre 2010, le monde entier assistait au sauvetage des « 33 », piégés au fond d’une mine [mine d’or et d’argent de San José, dans la région d’Atacama, effondrée le 5 août 2012, NDLR]. Aujourd’hui, ils se sentent abandonnés ».

Que dire sur cet épisode de survie ? Qu’ont pu vivre ces mineurs ?

Ma première réflexion est que ces mineurs revivent le traumatisme de la perte de contact avec l’extérieur (d’une durée de 69 jours), sous la forme de ce qu’ils considèrent aujourd’hui comme une forme d’abandon.

En effet, dans la réalité, ils n’ont PAS été « abandonnés », mais ils étaient seulement « inaccessibles » de la part du monde extérieur, et c’est là que se situe l’intérêt, pour moi, d’approfondir un peu ce sentiment d’abandon.

N’est-il pas ici question d’un abandon imaginaire, au sens lacanien du terme ?

L’article nous permet d’approfondir cette question, et pointe notamment la question de la résilience, une notion désormais connue en psychologie, notamment grâce à  Boris Cyrulnik (éthologue, psychanalyste, psychologue, neuropsychiatre et écrivain).

Plusieurs choses sont intéressantes à ce niveau. Tout d’abord, l’article souligne : « Pour nombre d’entre eux, la situation est pire maintenant qu’avant le drame ». Comment pourrait-on en douter ? On ne sort pas indemne d’une telle expérience traumatisante d’enfermement inattendu. Par ailleurs, l’article donne quelques indications de la situation psychologique actuelle de ces mineurs : « Beaucoup sont toujours suivis médicalement, notamment pour troubles psychologiques et insomnies. Certains sont tombés dans l’alcoolisme ».

 

Le 5 août 2013, un nouvel article paru dans la version en ligne du journal Le Monde interpelle à nouveau : cet article s’intitule : « Au Chili, les 33 mineurs d’Atacama se disent « enterrés une seconde fois ».

L’article indique ceci :

Trois ans tout juste après l’éboulement qui avait bloqué 33 mineurs pendant soixante-neuf jours au fond de la mine d’or et d’argent de San José, dans la région d’Atacama, la décision de la justice chilienne de classer la plainte contre les propriétaires du site a provoqué surprise et indignation à Santiago.

« Ils m’ont enterré une seconde fois ! s’est écrié un des mineurs, Mario Sepulveda, la voix brisée par la colère. C’est une honte pour le système judiciaire chilien. » « Beaucoup pensent que nous sommes bêtes. Nous ne le sommes pas, mais nous sommes pauvres », a ajouté celui que ses compagnons de captivité avaient surnommé « Super Mario » en raison de son calme et de sa bonne humeur.

« Il a été décidé de ne pas continuer l’instruction car il n’y a pas d’éléments pour soutenir une quelconque accusation », avait annoncé, le 1er août, le procureur d’Atacama, Hector Mella Farias.

Ainsi, le traumatisme initial des mineurs est réactivé par une absence de prise en compte judiciaire de leur plainte, ce qui entraîne l’un des mineurs à dire qu’il a été enterré une seconde fois … que dire de cette absence de reconnaissance judiciaire ? On peut se dire qu’elle ne permet pas la résilience du traumatisme.

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